En couverture, une liste de mots comme une liste de noms d’auteurs, de contributeurs. Le premier, « Nuire », enclenche une déferlante de catastrophes – tous les mots que la langue française a trouvé pour dire, avec différentes teintes et nuances, la violence exercée par l’être humain sur lui-même et ce qui l’entoure. A l’intérieur du livre, des pages découpées, sans images ni texte, décrivant des formes architecturales et fantomatiques. Traversant celles-ci, enfin, de petites sculptures en céramiques dont la forme évoque des dents, des piques, des missiles. On ne peut fermer le livre – ces pointes hérissées l’interdisent.

Les trois éléments qui constituent le livre d’Eva Evrard sont d’une simplicité extrême. Simultanément, leur imbrication, l’opposition et la transfiguration qui s’opère entre eux ouvrent un champ d’interrogation vaste et complexe sur la nature humaine. Le choix du livre, dans ce cas, est habilement posé par l’artiste. Symbole par excellence de la civilisation, du progrès par l’accumulation et la transmission des connaissances, il devient ici une question ouverte sur la pérennité de celle-ci face à la menace constante que fait peser sur elle la violence humaine et son potentiel de destruction. Ce livre ne prétend pas domestiquer son contenu – au contraire, il contient une dimension activable, performative. En tournant les pages, nous provoquons l’écroulement de façades éventrées, jusqu’à mettre à nu les objets acérés pointés vers notre regard.

Ici, la précision et le minimalisme d’Eva Evrard provoque une dissonance, ils esthétisent et lissent cette violence pour en faire un objet de contemplation. Il en résulte un mélange paradoxal de paix et d’inconfort, la conscience de la fragilité de ce que l’on tient pour acquis.

Édition Eva Evrard, 2017. 23 x 16,5 x 10 cm. Papier, céramique. 15 exemplaires.