Prisonniers de cette gangue de pierre et de béton, ces visages cherchent désespérément un air manifestement trop rare, rugissent d'un ultime cri à la limite de l'audible. Ont-ils quelque terrible secret à divulguer, quelque vérité à révéler avant leur complète disparition ? Les murs ont des oreilles dit-on. Ici, littéralement, les murs ont des bouches.

D’apparition soudaine, fortuite, gratuite, éparse, ils semblent connectés, reliés par un réseau sous-jacent et impénétrable.

Ils sont exposés au temps, à la dégradation ou au vol, à l’impermanence des choses, ils sont les témoins éphémères d'un ici et maintenant citadin et abstrait.

Ils sont aussi une tentative d'interrogation sur le statut de l'oeuvre d'art et les véritables fondements de sa valeur et de son utilité. Voulant se situer en dehors de toute notion de marché, le geste artistique s'approche d'une affirmation de la primauté d'un rapport direct et intime entre l'oeuvre et le regardeur, celui-ci est invité à certain engagement physique, mû par sa pure curiosité et sa disposition émotionnelle. Des transformations peuvent résulter de cette rencontre. L'oeuvre n’en n’illustre que mieux le fait qu’elle n’existe, qu’elle ne "vaut" que dans et par cette interaction.

La résonance imprévue entre ce travail et l'épisode de confinement sanitaire que nous vivons ne manque pas de projeter une lumière nouvelle sur ses multiples niveaux de lecture.